Dans ces lieux où l’on dort*

Stèle à Trampot - Signée Auproux - Germisay

C’est l’Almanach perpétuel du Pays de Neufchâteau, conçu par Anne-Marie Simon-Parneix et paru chez Serge Domini Éditeur, qui m’a donné l’idée, toute d’actualité, de ce billet.

Cet ouvrage magnifiquement illustré, avec près de 500  photos, éléments d’archives, plans ou dessins,  est un véritable hymne à nos cantons de Coussey, Châtenois et Neufchâteau. Ecrit à plusieurs mains – connaisseurs pointus et amoureux -, il invite à flâner d’une page à l’autre, d’un lieu à l’autre, d’un sujet à l’autre. Picorez ou dévorez comme il vous plaira.

Pour l’automne, on y découvre par exemple quelques champignons de nos forêts, les spécificités de nos villages-rues et de leurs usoirs, un article sur la culture de la vigne au 19ème siècle, une liste des pommes des Vosges, une touchante photo de renardeaux et une présentation du métier de colporteur, qu’on appelait aussi « chanteurs » – dont témoigne aujourd’hui encore le nom du village voisin d’Haréville-les-Chanteurs, en Haute-Marne.

En dehors des librairies, vous trouverez cet ouvrage, aussi érudit que simple et plaisant à lire, à Neufchâteau, à l’Office de Tourisme. 

Que m’a donc inspiré cet almanach d’un genre particulier ? L’envie de vous signaler la richesse de notre région en matière de statuaire funéraire. Si les croix des 17ème et 18ème siècles sont présentes en nombre relativement limité, nombreux sont encore les monuments du 19ème siècle, tels cette stèle de 1864 signée Auproux, de Germisay, que vous pourrez voir dans le cimetière de Trampot.

D’un monument funéraire à l’autre, on retrouve souvent les mêmes motifs, puisés dans des recueils de modèles, mais agencés différemment. Certains ateliers avaient toutefois leur style propre. On regardera avec intérêt la sobriété ou au contraire l’exhubérance naïve de telle stèle, on s’amusera de la présence d’un escargot incongru, du tracé d’une pensée aux allures de Zéphyr joufflu, on s’essaiera à identifier les symboles liés à la vie du défunt, au deuil des proches – ici, l’arbre pleureur -, à leur espérance –  la couronne et les roses -, à leur foi – la guirlande de vigne qui trouve son aboutissement au coeur de la croix qui surplombe la stèle, rappelant le sang versé par le Christ pour racheter vivants et morts, à moins qu’il ne s’agisse d’une guirlande de lierre, toujours vert, éternellement vivant.

* cimetière, du grec  koimètèrion : lieu pour dormir, dortoir